Là. C'est un vide, un vide immense qui se creuse, triste éffigie d'une tombe que l'on déplore d'arriver avant l'âge. Il s'étend sous mes pieds à l'image d'une ombre au soleil mais qui, fatalement, n'en possède que la noirceur. Je me prends à en vouloir à la Terre. Cette terre si ingrate. Elle me glisse entre les doigts telle un amat de poussière et puis, furtivement, me déposède sans ménagement de mes quelques pauvres certitudes qui, inexorablement, s'envolent au loin, glissant le long des litanies affolées de mon coeur sans que je ne puisse les retenir. Sans que je ne puisse m'y opposer, immobile dans toute ma superbe impuissance. Une languissante apathie emprisonne mes sens, les oppresse, les tourmente, et les envoie valser ; et ne me laisse que mon âme pour parer les revers... Mais ! Me renverse. Et je finis mon temps, du sable dans les yeux, de ce Morphée avide, dont les bras me rejettent. C'est comme une claque d'ironie qui résonne dans mon crâne, une cruelle injustice qui me mord la langue. Et c'est là, le souffle encore court, que ma mémoire m'assaille et sur ses rives m'emportent, sur son courant m'attaque ; à coup de rêves et de souvenirs, qui par accoups jaillissent dans le moindre de mes soupirs. Emmenée loin de la digue de ma conscience, je finis par me perdre dans les limbes de ma vie, et puis je songe, un instant, à ce monde alentour, pour me rendre enfin compte qu'il ne m'apportera aucun secours. Car les liens se tissent et se déroulent, tout comme ils cassent ou se coupent, et là, sur le fil du rasoir, j'entrevois le gouffre vers lequel je tends. Et j'erre, j'erre longtemps, engourdie dans le froid d'une mélancolie qui m'enveloppe. Et ce fil tremble sans que je n'en vois le bout, mais sur les bords de ma raison je ne sais plus si c'est une bonne ou une mauvaise chose. Et, pour en finir, ce n'est finalement que la première larme, qui m'ouvre les portes du repos de l'âme... Et tombe.
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